A l’occasion du cinquantenaire des indépendances africaines et de la parution de l’ouvrage « Le Temps de l’Afrique »*, trois fins connaisseurs de l’Afrique ont débattu des mutations de l’Afrique au 21ème siècle. Etaientt ainsi invités :
Jean-François Bayart, directeur de recherche au CNRS, chercheur au CERI,
Sylviane Guillaumont, professeur au CERDI,
Jean-Michel Severino, ancien Directeur général de l’AFD0
Le débat fut animé par le journaliste Philippe Perdrix de Jeune Afrique. Voici quelques morceaux choisis de cet évènement.
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1. Les grands enjeux de l'Afrique au 21ème siècle
Dans cette première intervention, Jean-Michel Severino présente les différents thèmes du Temps de l'Afrique : la formidable densification et urbanisation du sous-continent, l'assainissement de ses finances publiques, et son émergence stratégique dans le domaine agricole. Il ne fait pas l'impasse sur les risques de cette croissance, soulignant les sources de conflits qu'elle générera notamment à travers la question migratoire. Face à ces mutations, il appelle l'Europe à poser un nouveau regard sur l'Afrique et d’y redéployer des politiques ambitieuses.
2. Peut-on compter sur les Etats africains?
Débat présenté par Philippe Perdrix de Jeune Afrique. Pour Jean-François Bayart, il n'y a pas d'Etats fragiles, seulement des Etats en construction. Sous cet angle, les guerres peuvent alors être perçues comme des modes "virils" d'intégration régionale. Selon Jean-Michel Severino, tout processus de développement économique entraîne des phénomènes de violence et de corruption. Il nous appelle à sortir du discours compassionnel et à nous engager dans un véritable partenariat avec l'Afrique. De même, si les bailleurs de fonds doivent veiller à ce que l'aide ne soit pas détournée, la bonne gouvernance et la démocratie ne constituent pas en eux-mêmes des préalables au décollage économique.
3. La fin de l'ethnie en Afrique?
Débat présenté par Philippe Perdrix de Jeune Afrique. Selon Jean-François Bayart, l'ethnicité est une forme de conscience politique moderne qui participe de la construction de l'Etat. Des phénomènes tels que les camps de mineurs qui regroupent des jeunes de toutes origines ethniques et de toutes nationalités montrent que la vieille grille ethnique est effectivement dépassée. Si le facteur ethnique reste mobilisé lors des élections en Afrique, il ne constitue plus l'unique facteur explicatif des dynamiques sociales du sous-continent.
4. L'aide peut-elle contribuer au développement de l'Afrique?
Débat présenté par Philippe Perdrix de Jeune Afrique. Selon Jean-Michel Severino, l'aide au développement n'a jamais créé le développement, mais constitue simplement un outil supplémentaire de politique publique mis à disposition des Etats ; sans Etat récipiendaire doté de sa propre politique de développement, l'APD risque de se perdre dans le sable.
5. Une classe moyenne émerge-t-elle en Afrique?
Débat présenté par Philippe Perdrix de Jeune Afrique. La classe moyenne pourrait être multipliée par quatre en Afrique. Quels sont les signes de l'émergence de cette classe porteuse de développement économique dans le sous-continent?
6. L'Afrique au 21ème siècle : chaos urbain et péril noir?
Débat présenté par Philippe Perdrix de Jeune Afrique. Quelles seront les conséquences de l'urbanisation en Afrique? Face à une sécurité alimentaire incertaine, la dégradation de l'environnement et un fort taux de chômage, ne risque-t-on pas de voir s'installer un chaos urbain? Selon Jean-François Bayart, l'Afrique va rencontrer des phénomènes d'affirmation politiques de la jeunesse, qui participeront de la violence africaine.
Concernant les phénomènes migratoires, il rappelle que le continent a toujours été un continent de mouvement, et que la crainte d'un "péril noir" est non-justifiée.
7. L'Afrique a-t-elle intérêt à miser sur ses matières premières?
Débat présenté par Philippe Perdrix de Jeune Afrique. L'Afrique a-t-elle intérêt à miser sur ses matières premières, lorsque l'on connaît les phénomènes de captation de rente et les problèmes de gouvernance que ce type de modèle économique entraîne? Selon Jean-Michel Severino, la malédiction des ressources naturelles n'est pas inévitable. Si la présence de matières premières peut prolonger des situations de conflit, les réserves du sous-sol africain permettront également à l'Afrique de disposer d'une marge de manoeuvre sur le plan géopolitique. La "success story" du Botswana montre ainsi qu'il est possible d'allier richesse minière, démocratie et décollage économique.
8. Quel avenir des politiques agricoles en Afrique?
Débat présenté par Philippe Perdrix de Jeune Afrique. Pendant 40 ans, les grandes villes africaines importaient leur alimentation au lieu de s'approvisionner auprès des campagnes, alors que ces dernières exportaient leur production (café, cacao...) à l'étranger. L'évolution démographique en cours permet aux villes de devenir de véritables débouchés pour les campagnes. Dans le cadre de cet essor de l'agriculture en Afrique, Sylviane Guillaumont propose de relancer la construction de grands barrages sur le sous-continent.